Il y a deux ans, le 24 janvier 2022, nous commémorions la visite de M. Juan Guaidó à Paris, survenue un an plus tôt, en 2021.
J’y ai repensé récemment et ai envisagé de publier un article dès le lendemain. Cela aurait été pertinent, mais faute de temps, je n’ai pas pu le faire. Je m’en excuse auprès de mes lecteurs. Toutefois, cette réflexion dépasse la simple commémoration d’une date ; elle s’inscrit dans une analyse plus large, nourrie par mes recherches et l’évolution des événements récents, ainsi que nos nouvelles attentes.
Aujourd’hui, le Venezuela ressemble de plus en plus à cet « ex-Venezuela » dont je parle parfois. Et cette semaine, un nouvel événement dramatique est venu assombrir la situation.
Un drame en haute mer
L’actualité nous rappelle la tragédie de l’exode vénézuélien : un enfant a perdu la vie parmi les 43 personnes attaquées par la garde côtière de Trinidad-et-Tobago. Cette attaque « préventive » d’un bateau armé contre une embarcation civile s’inscrit dans un contexte d’émigration massive, connu aussi bien des autorités que de la communauté internationale.
Ces victimes fuyaient quelque chose… ou poursuivaient un rêve. Peut-être simplement le rêve d’une vie meilleure ?
Un tel drame ne peut être considéré comme un simple fait divers. Une nation sérieuse en tirerait les conséquences, tant sur le plan interne que dans ses relations diplomatiques avec le pays voisin. Cette situation mériterait une analyse approfondie.
Le Venezuela entre stagnation et faux espoirs
Observons les actions des différentes forces en présence : celles du pouvoir en place, de l’opposition officielle, mais aussi du Parlement de 2015 et des institutions ayant, un temps, reconnu Juan Guaidó comme leader légitime.
En 2021, le quinquennat s’achevait et, pour ceux qui se référaient à la Constitution de 1999, une certaine latence s’installait. D’un côté, certains reconnaissaient que cette Constitution avait été violée ; de l’autre, d’autres y trouvaient encore un fondement pour justifier leur existence politique. Mais la vérité ne réside ni dans ce texte, ni dans la Constitution précédente. Elle se trouve dans l’ensemble des constitutions et des lois fondamentales qui ont jalonné notre histoire et tenté de synthétiser notre identité.
Aucun acteur majeur ne détient la vérité absolue sur le Venezuela. Celle-ci réside dans nos origines en tant que nation, dans notre culture, notre idiosyncrasie, notre géographie…
Un manque criant de leadership
Face à cette tragédie et à d’autres événements tout aussi graves, la réponse du gouvernement comme de l’opposition a été timide, voire inexistante. Loin de défendre les intérêts des citoyens, ceux qui exercent le pouvoir – ou aspirent à l’exercer – semblent uniquement préoccupés par leur propre maintien à la tête de l’État.
Le pouvoir pour le pouvoir. Et non pas le pouvoir pour transformer.
Pendant la pandémie, ce manque de leadership s’est encore accentué. La gestion de la crise sanitaire et la distribution des vaccins ont laissé place à une profonde méfiance. À un moment donné, il semblait même que la population servait de cobaye aux vaccins importés. Ici, en Europe et en Amérique du Nord, l’efficacité des vaccins utilisés au Venezuela était mise en doute. De plus, la gestion des vols internationaux variait selon la provenance, établissant ainsi des distinctions qui perdurent peut-être encore aujourd’hui.
Guaidó, l’espoir envolé ?
Je me souviens du discours de Juan Guaidó : il portait l’espoir d’un Venezuela rayonnant, retrouvé dans toute sa splendeur. Hélas, nous sommes encore loin du début de cette transformation. Et celle-ci ne sera pas seulement matérielle. Avant tout, elle devra être immatérielle.
L’année en cours et la suivante ne seront probablement pas celles où le Venezuela développera un vaccin ou un traitement révolutionnaire. Ce n’est pas encore à notre portée. Mais c’est précisément ce type d’ambition qui devrait façonner notre état d’esprit.
Un réveil nécessaire
Il est temps qu’un leadership émerge, qu’il nous unisse et nous fasse reconnaître un objectif commun. Nous, ex-Vénézuéliens, devons retrouver une cause fédératrice, à la hauteur de notre passé et de nos aspirations.
Notre nation s’est forgée dans la lutte pour la liberté, profitant de l’affaiblissement des monarchies européennes. C’est au sein d’une société pleinement libre que notre pays pourra à nouveau briller.
« Sous tous les climats, et dans quelque situation que ce soit, la liberté produit toujours les mêmes effets et est toujours la source de la félicité et de la prospérité humaine. »
— Francisco de Miranda (1750-1816), Discours à la Convention nationale, 29 mars 1793